Extinction animale: «Les dix espèces les plus appréciées du public ne sont pas moins en danger»

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Message par Choupi91 le Ven 13 Avr 2018 - 8:54

https://www.20minutes.fr/planete/2254279-20180412-extinction-animale-dix-especes-plus-appreciees-public-moins-danger


Une girafe vivant à l'état sauvage prise en photo le 21 juin 2017 dans une réserve du Kenya. — TONY KARUMBA / AFP

  • Les dix espèces d’animaux sauvages qui plaisent le plus au public - tigres, lions, éléphants…- sont toutes menacées d’extinction à l’exception du loup, pointe ce jeudi soir une étude pilotée par Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS.
  • L’étude ébranle une idée reçue qui veut que ces espèces omniprésentes virtuellement dans notre quotidien (films, publicités, jouets…) ont un statut privilégié.
  • Cette popularité biaise même la perception du public que ces animaux charismatiques sont plus communs qu’ils ne sont dans la réalité et qu’ils n’ont pas besoin alors d’efforts particuliers de conservation.

Quel est le comble de la girafe ? D’être victime d’un coup monté, répondront les uns. De ne pas avoir pied à la piscine, diront les autres. Franck Courchamp, directeur de recherche au sein du laboratoire CNRS « Ecologie, systématique et évolution » de Paris-Saclay, a une tout autre réponse : très appréciée du public, la girafe apparaît régulièrement dans les films, les supports publicitaires, sous forme de jouets. Pourtant, dans la « vraie vie », la girafe a vu sa population décroître de 40 % en 30 ans selon l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature).
Ce paradoxe vaut aussi pour le tigre, le lion, l’éléphant, le léopard, le panda, le guépard, l’ours polaire, le loup et le gorille, neuf autres espèces d’animaux sauvages comptant dans le top 10 des espèces les plus populaires dans les pays occidentaux, et pour autant menacés d’extinction. À l’exception du loup. D’une certaine façon, « cette popularité les dessert puisqu’elle laisse croire que ces animaux sont plus répandus qu’ils ne le sont réellement dans la nature », pointe une étude publiée ce jeudi soir dans la revue PLOS Biology par une équipe de chercheurs internationale pilotée par Franck Courchamp. Ce dernier répond aux questions de 20 Minutes.

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser cette étude ?

Le point de départ remonte à 2011. Je voyais un peu partout dans la littérature scientifique cette idée que les espèces qui plaisent le plus au public, celles qu’on voyait le plus souvent en image dans notre quotidien, mobilisaient toutes les ressources et tous les efforts de conservations. Qu’elles étaient donc privilégiées par rapport à ces espèces méconnues. J’ai tout simplement voulu vérifier ce point dans la réalité.

Comment déjà avez-vous établi cette liste des dix espèces les plus charismatiques ?

Nous l’avons établie à partir de quatre sources différentes. Nous avons d’abord lancé un site Internet sur lequel nous demandions aux gens de nous citer leurs dix espèces d’animaux sauvages les plus charismatiques. Nous avons récolté un peu plus de 4.500 réponses. Cette première donnée a été complétée avec un questionnaire auprès d’écoliers de 10 ans dans trois pays. En France, en Angleterre et en Espagne. Nous avons ainsi obtenu 224 réponses supplémentaires. Nous voulions aussi prendre en compte les supports communicationnels utilisant des animaux sauvages en partant de l’hypothèse que ces supports mettaient en avant les espèces animales qu’elles jugeaient les plus populaires. Pour se faire, nous nous sommes focalisés sur deux sources : les animaux mis en avant sur les jaquettes de films d’animation Pixar, Disney et Dreamworks mais aussi ceux mis en avant sur les sites Internet des zoos des 100 plus grandes villes du monde.

Quelle liste obtient-on alors ?

Dans l’ordre le tigre, le lion, l’éléphant, la girafe, le léopard, le panda, le guépard, l’ours polaire, le loup et le gorille. Le loup, même s’il a perdu un tiers de son territoire original et si sa présence dans certaines régions fait débat, n’est pas en danger imminent d’extinction. Mais c’est l’exception. Les neuf autres espèces le sont au point qu’on estime pour certaines qu’elles pourraient ne plus exister à l’état sauvage dans les dix à vingt ans si rien est fait. Les gorilles des plaines orientales par exemple, l’une des quatre sous-espèces de gorilles, a vu sa population baisser de 77 % en 20 ans. Pour le lion, la baisse de population est de 54 % sur les 30 dernières années. Pour le tigre, c’est 55 % sur les vingt dernières années. Pour le léopard, c’est 30 % en moins en huit ans…

Faut-il en conclure alors que ces dix espèces charismatiques sont moins bien protégées que les autres ?

Non, la situation n’est guère meilleure voire parfois pire pour bon nombre d’espèces méconnues du grand public. Les sommes investies et les programmes engagés pour aider à la conservation de ces dix espèces charismatiques sont même importants si on les compare aux efforts consentis pour la préservation d’autres espèces animales en danger. Mais les moyens mobilisés à ce jour pour préserver la biodiversité sont loin d’être à la hauteur des enjeux. Y compris pour ces dix espèces charismatiques. C’est ce que montre notre étude : cette popularité ne préserve pas les dix espèces du déclin de leurs populations. Les fonds investis restent infiniment plus faibles que pour le biomédical ou l’exploration spatiale. Or, c’est un autre paradoxe, mais la science ignore encore beaucoup de choses concernant ces dix espèces les plus aimés du public. A commencer par le nombre précis de panthères, d’éléphants ou de gorilles vivant sur Terre.

Cette popularité les dessert même parfois ?

D’une certaine façon oui puisque leur omniprésence virtuelle- dans les publicités, les films, sur les paquets de céréales, les jouets pour enfant- biaise la perception du public. Un exemple : il s’est vendu en 2010 800.000 jouets pour bébé « Sophie la girafe » en 2010 en France. C’est plus de huit fois le nombre de girafes vivant actuellement en Afrique. Nous avons aussi demandé à 48 volontaires français de compter sur une semaine le nombre de fois qu’ils croisaient une de ces images virtuelles d’une de ces dix espèces charismatiques d’animaux sauvages. Que ce soit dans un livre, sur un logos, dessiné sur un objet, à la télévision… En moyenne, ils avaient vu 4,4 lions « virtuels » par jour. Rapporté à l’année, c’est deux à trois fois la population totale de lions sauvages vivants dans toute l’Afrique de l’Ouest. Cette abondance virtuelle laisse croire que ces animaux charismatiques sont plus communs qu’ils ne sont dans la réalité et qu’ils n’ont pas besoin alors d’efforts particuliers de conservation. Nous avons ainsi conduit une étude en 2015 sur le campus de l’Université de Californie à Los Angeles au cours de laquelle nous avons demandé à 96 étudiants si ces dix espèces d’animaux étaient menacées ou non ? 57,8 % des sondés ont répondu « non » pour le lion, 60,1 % pour la girafe, 55,9 % pour le guépard…

Lundi, des personnalités, emmené par la primatologue Sabrina krief, lançaient un appel pour que la France adopte un plan d’urgence pour sauver les grands singes. Dans les dix mesures préconisées figure celle d’interdire l’utilisation des grands singes dans les laboratoires de recherche, les spectacles, les cirques, les films, les publicités (…) et toute représentation dégradant leur image. Faut-il aller jusque-là ?

Cela peut être une bonne solution oui mais je signalerai tout de même que certaines médiatisations de ces animaux sont positives. Les documentaires par exemple. C’est un point essentiel pour tout programme de conservation : ils ont besoin du soutien du public et celui-ci ne se mobilisera pas s’il ne sait pas l’espèce en danger. Nous proposons aussi que les entreprises qui utilisent ces espèces menacées à des fins marketings – sans copyright d’ailleurs et donc gratuitement — contribuent aussi aux campagnes d’information de ces mêmes animaux et qu’elles reversent une partie de leurs bénéfices à leur protection. Certaines le font déjà. La marque automobile Jaguar a ainsi un partenariat avec Panthera, une ONG qui s’occupe de la conservation des grands félins. La marque de vêtement Lacoste s’engage aussi sur la protection des crocodiles [et collabore aussi depuis peu  avec l’UICN sur son programme « Save our Species » en soutien aux dix espèces les plus menacées au monde].

Tags #faune #sauvage #espèces #menacées #cirques #zoos #chasse #braconnage #déforestation #cruauté #maltraitance

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